Édition #6 : À corps perdus

Outil de travail, source de beauté, vecteur d’exclusion, initiateur d’envies, victime de contraintes, on oublie trop souvent que notre corps nous appartient. Et à personne d’autre. Le corps des personnages de Kings of Doc ont une particularité : ils sont tous beaux, incroyablement cinématographiques.

La nuit elles dansent réalisé par Isabelle Lavigne & Stéphane Thibault – Canada – 2010 – 80min

Une mère et ses filles, au Caire. Leur métier : danseuses. Cette famille remuante, passionnée, va nous faire partager ses affections tumultueuses, les rudesses de leur gagne-pain et surtout nous faire découvrir, de manière très tendre, la réalité de ces femmes livrées à elles-mêmes et résolues à prendre leur existence en main.

Shado’Man réalisé par Boris Gerrets – France/Pays Bas – 2013 – 86 min

À Freetown, la capitale du Sierra Leone, un groupe d’amis vit dans les rues. Ils se nomment entre eux les « Freetown Streetboys », même si des femmes font également partie du groupe. Suley, Lama, David, Alfred, Shero et Sarah ont tous dû faire face à de graves problèmes physiques et psychologiques et ont été abandonnés par leur entourage. Sans commentaires et avec des images poétiques, la caméra capte l’environnement sombre où ils vivent. Les membres du groupe partagent leurs histoires poignantes et abordent la nature précaire de la vie dans ce pays complexe. Le film évoque également les luttes personnelles quotidiennes comme entamer des relations, élever (ou non) un enfant, et le sexe.

À la folie réalisé par Wang Bing – Japon/Hong Kong – 2013 – 227 min

« Locaux misérables, docteurs péremptoires, internement parfois politique : de janvier à avril 2013, Wang Bing a filmé le quotidien d’un hôpital psychiatrique de la province du Yunnan. Dans cet espace où le seul air vient d’une cour hors d’atteinte car bordée de barreaux, le lit fait office de radeau – « les gens comme nous ne peuvent s’offrir que le sommeil », remarque un résident. En restant au plus près des patients qu’il identifie par leur nom, le cinéaste déchiffre leur mode de (sur)vie, réinjectant de l’individuel dans ce que l’institution s’entête à priver de sens. Prière des rares musulmans, réchauffages mutuels au lit, les rituels corporels et vestimentaires rappellent L’Homme sans nom et Le Fossé, tant le dénuement est grand. Cette fresque documentaire finit par percer dans le plus clos des espaces des brèches vers le hors-champ. Ainsi un résident peut-il encore calligraphier sur sa jambe : Pensée morale, et un autre fredonner une chanson d’amour pendant une chasse à la mouche. Rompant l’arbitraire d’un lieu qui programme la folie autant qu’il la diagnostique, ces manifestations de vie font émerger du chaos une figure inattendue : le couple. D’où un titre qui sonne comme un douloureux serment matrimonial. « (Charlotte Garson, FIDMarseille 2014)

Boxing Gym, réalisé par Frederick Wiseman – USA – 2010 – 91min

Austin, Texas. Richard Lord, ancien boxeur professionnel, a fondé son club de boxe, Lord’s Gym, il y a seize ans. Des personnes d’âge, d’origine et de classe sociale différents s’entraînent dans ce gymnase : hommes, femmes, enfants, docteurs, avocats, juges, hommes d’affaires, immigrants, boxeurs professionnels ou aspirants professionnels côtoient de simples amateurs et des adolescents en quête de force et d’assurance. Lord’s Gym est une illustration du « melting pot » à l’américaine où les gens s’entraînent, se parlent, se rencontrent.

Tyson réalisé par James Toback – USA – 2008 – 90 min

Sombre, violent, drôle, absurde, érotique, tragique, terriblement personnel, d’une franchise tantôt blessante tantôt touchante, le film va des premiers souvenirs d’enfance de Mike Tyson jusqu’à ses dilemmes actuels. S’il l’appréhende en tant qu’individu – l’athlète légendaire et singulièrement controversé – il voit aussi en lui une figure emblématique des problèmes de race et de classe qui déchirent l’Amérique. Plus d’une heure d’éléments inédits, agencés autour de documents d’archives sur ses combats, d’interviews et de photos.

Édition #5 : Les animaux

Le documentaire animalier est une matrice. On y retrouve tous les codes du cinéma classique et les histoires qui y sont racontées sont dignes des plus belles mythologies. Combien de fois avez-vous regardé à la télévision une gazelle se faire dévorer par une hyène ou un lion se pavaner devant sa belle en vous disant qu’ils méritaient d’être projetés au cinéma ? Vous en rêviez, Kings of Doc l’a fait : des films d’animaux rares, rafraîchissants, pionniers, magistraux…Tout ça sur grand écran !

Chang réalisé par Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack – USA – 1927 – 70 min

Une clairière au Nord-Est du Siam, où vivent Kru et sa famille. Un matin, au réveil il retrouve son champ de riz piétiné. Le coupable est capturé : c’est un petit éléphanteau, Chang. Sa mère furieuse vient récupérer son petit et détruit la hutte de Kru. Réfugiés au village, Kru et sa famille aperçoivent dans les brouillards de la jungle, non plus un, mais des centaines de Chang. Trop tard le troupeau est déjà en marche sur le village. Dès les débuts du cinéma, les récits de voyage passionnent le public, « Nanouk l’esquimau » et « Chang » furent d’énormes succés. L’arrivée du parlant escamota ces chef d’œuvres dans les années 30 et c’est souvent grâce à des passionnés, cinéphiles et collectionneurs, que ces films furent conservés et sauvés. Le film est sorti pour la première fois le 27 avril 1927 au Rivoli Theater de New-York.

L’homme aux serpents réalisé par Éric Flandin – France – 2012 – 84 min

C’est avec un vieux bus et une trentaine de serpents que Franz Florez lutte pour la protection de la nature en Colombie, l’une des plus riches biodiversités du monde. Anacondas et crotales à sonnette représentent ses laisser passer dans la jungle profonde, là où les guérilleros s’affrontent avec l’armée nationale, là où se retrouvent trafiquants et cultivateurs de coca. Devant la menace d’une exploitation intensive de ces zones naturelles, ce héros d’un nouveau genre tente de rallier un maximum de gens à sa cause, y compris les acteurs du conflit colombien.

Bovines réalisé par Emmanuel Gras – France – 2011 – 62 min

Dans les champs, on les voit, étendues dans l’herbe ou broutant paisiblement. Grosses bêtes placides que l’on croit connaître parce que ce sont des animaux d’élevage. Lions, gorilles, ours ont toute notre attention, mais a-t-on jamais vraiment regardé des vaches ? S’est-on demandé ce qu’elles faisaient de leurs journées ? Que font-elles quand un orage passe ? Lorsque le soleil revient ? À quoi pensent-elles lorsqu’elles se tiennent immobiles, semblant contempler le vide ? Mais, au fait, pensent-elles ? Au rythme de l’animal, au milieu d’un troupeau, Bovines raconte la vie des vaches, la vraie.

Animal Love réalisé par Ulrich Seidl – Autriche – 1997 – 108 min

Des visages inconnus perdus dans Vienne. Âmes en peine dans une grande ville morne et terne. Leur petit rayon de soleil ? Un chien, un cochon d’Inde, un lapin blanc … Des compagnons de longue date, témoins privilégiés d’un quotidien écrasant, des amis, voire plus si affinités ! Un chien qui fait le beau, et son maître qui vient l’embrasser. Seidl filme sans détour une société de l’animal roi et de sa présence jetable.

Le territoire des autres réalisé par François Bel, Michel Fano, Gérard Vienne & Jacqueline Lecompte – France – 1970 – 92 min

Sept ans de prises de vue d’animaux à l’état sauvage pour que le spectateur devienne le témoin furtif d’un vie inconnue, c’est le pari si bien réussi par les réalisateurs du Territoire des autres. L’homme, ennemi héréditaire, a dû chaque fois guêter, scruter, attendre. Extraordinaire réussite de patience et de talent, ce film est plus qu’un documentaire, c’est un plaisir des yeux à l’état pur. De la poésie à l’intensité dramatique, le monde animal s’offre à nous dans sa dignité naturelle.

La griffe et la dent réalisé par François Bel & Gérard Vienne – France – 1976 – 98 min

Dans l’Est africain, des espèces animales d’une extraordinaire variété se côtoient, se mêlent, s’examinent avec indifférence. Tout n’est qu’un immense mouvement pour se nourrir. La nuit tombée, un autre monde apparaît qui s’organise par le sang et la mort. Tout est désormais lutte ou esquive. Les mouvements deviennent fuites, poursuites, bonds, écroulements, tandis que les immobilités sont attentes, guets, inquiétudes. Ainsi révélé, le monde nocturne rompt avec la longue continuité du jour.

Édition #4 : Images d’archives

Laissez les images du passé entre les mains de cinéastes magiciens et ils trouveront le moyen de vous parler du présent. Ils nous questionnent également : Comment une image devient-elle une archive ? A partir de quand ? De la vie des lapins pendant la seconde guerre mondiale à la chute des dictateurs, Kings of Doc vous a sélectionné quelques pépites pour cette première édition de l’année !

L’autobiographie de Nicolae Ceausescu réalisé par Andrei Ujica – Roumanie – 2010 – 180min

« En fin de compte, le dictateur n’est qu’un artiste qui a la possibilité de mettre totalement son égoïsme en pratique. Ce n’est qu’une question de niveau esthétique, qu’il s’appelle Baudelaire ou Bolintineanu, Louis XVI ou Nicolae Ceausescu. » (Andrei Ujica)

Rabbit à la berlin réalisé par Bartek Konopka & Piotr Rosołowski – Pologne/Allemagne – 2009 – 39min

Chassés de partout, les lapins de garenne se retrouvent enfermés entre 2 hauts grillages lors de la création du mur en 1949. Un vrai refuge : préservés des prédateurs par des sentinelles qui les surveillent 24 heures sur 24, ils ont à leur disposition de l’herbage à foison et des abris antichars pour se protéger du soleil. Les hommes, même s’ils ont un comportement étrange, ne leur tirent plus dessus. Jusqu’au jour où quelques rebelles décident de creuser sous le mur.

The art of disappearing réalisé par Bartek Konopka & Piotr Rosolowski – Pologne – 2003 – 53min

En 1980, Amon, un prêtre vaudou haïtien, est invité en Pologne par le metteur en scène Jerzy Grotowski. L’expérience de ce nouveau pays et le souvenir de ses ancêtres, des déserteurs polonais de l’armée de Napoléon qui contribuèrent à libérer Haïti de l’esclavage, inspirent à Amon un sentiment de reconnaissance. Il devra aider les Polonais. Un récit visionnaire et des images d’archives racontent la chute d’un régime.

Un mito antropologico televisio réalisé par Alessandro Gagliardo, Maria Helene Bertino & Dario Castelli – Italie – 2011 – 56min

« Des traces de sang au sol, une chorale d’enfants, un procès, un jeu télévisé, des manifestations, une allocution politique, etc. Le lien entre ces images ? Avoir été produites par une télévision locale de Catane, en Sicile, entre 1991 et 1994, période marquée par les assassinats en 1992 à Palerme des juges Falcone et Borsellino et précédant l’accession au pouvoir de Berlusconi.Plus décisif encore, il y a ce que produit le montage, fait de coupes sèches et de collages imprévisibles, qui relie ces fragments selon une logique tout sauf linéaire. Ainsi réagencés, ces rushes fractionnés, provenant de scories de reportages vouées au rebut, dévoilent un double mouvement. Ils interrogent, d’abord, l’histoire de cette province et de ses habitants se constituant comme communauté à l’écart. Ils défont, ensuite, les modalités de représentation induites par le système narratif propre à la télévision, qui, on le sait, rapporte moins les événements qu’elle ne façonne notre regard. Telle est la manière dont le mythe anthropologique annoncé par le titre, est ici interrogé. Avec, supplément étonnant, une fois la part idéologique repérée, le potentiel de beauté propre à ces images, que soulignent ces moments furtifs saisis comme autant de trouées dans le fil narratif dont ils débordent. Un hommage à l’utopie toujours possible d’une télévision qui accéderait à l’évidence brute d’une pratique réellement populaire, à un moment où va basculer tout autrement l’action collective. » (Nicolas Féodoroff, FIDMarseille 2012)

Les trois disparitions de Soad Hosni réalisé par Rania Stephan – Liban – 2011 – 70 min

Immense star du cinéma égyptien, Soad Hosni a tourné dans plus de quatre-vingts films, depuis sa rencontre avec Henri Barakat à la fin des années 1950. Son suicide en 2001 à Londres demeure inexpliqué : « Te souviens-tu ? », lui demande la réalisatrice Rania Stephan, par le biais de Nahed, l’un de ses personnages, comme pour recueillir d’outre-tombe la parole de la « Cendrillon » du cinéma arabe – ou son Aphrodite.Qu’est-ce qu’une filmographie dit de son actrice ? Quelles correspondances tisser entre une vie et une œuvre, sans verser dans la critique historique ou le sainte-beuvisme ? Le pari de Rania Stephan est osé : divisé en trois actes et un épilogue, Les Trois Disparitions de Soad Hosni est un formidable patchwork d’extraits de films, à l’exclusion, semble-t-il, de toute autre source (archives ou images d’actualités), dont la trame entend se superposer à la vie de l’actrice. Quoique : enfance et relation à ses parents, découverte de l’amour, tristesse et déceptions, les grandes catégories retenues par Stephan sont trop générales pour rien dire.Elle investit ainsi un terrain d’ambiguïté, structuré par la répétition et la variation, sans guider le spectateur ainsi laissé à son vertige : aussi, à défaut d’éléments biographiques précis, peut-on goûter à nouveau l’extraordinaire fascination suscitée par Soad Hosni – dans l’Egypte de Nasser, son érotisme ravageur et éminemment moderne.

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Coup d’état contre Chavez réalisé par Donnacha O’Briain a Kim Bartley – Allemagne/France/Pays Bas/Royaume Uni/Irlande – 2003 – 74min

Drame en trois actes d’Hugo Chávez à la tête du Venezuela. Acte I : son programme de président élu par et pour le peuple. Acte II : le coup d’État qui manqua de le renverser définitivement. Acte III : son retour surprise au pouvoir, moins de 48 heures plus tard. Ce film invente un nouveau genre de reportage. Rien n’y manque, ni la saisie live des péripéties, ni les visites en coulisses et l’intimité avec Hugo lui-même, ni ce qu’il faut bien nommer le souffle chaud de l’événement. Haletante, cette chronique se creuse par endroits d’une analyse en direct des manipulations militaires et médiatiques qui préparèrent le coup d’État.

Édition #3 : Retour à la terre

Depuis quelques années, tout se passe comme si on redécouvrait ce truc vivant qui, dans les meilleurs cas, nous nourrit, nous fait grandir et nous protège et dans les pires, nous tue. Vivre en harmonie avec notre environnement ? Foutaises ! Des trucs de hippies néo-babs ! Les personnages de nos films, ne l’ont jamais quitté, cette Terre. Connectés, non pas à un réseau social mais à ce qui les entoure au quotidien, ils la travaillent, la respectent, l’habitent. On a beau essayer de se conforter en se disant que ce sont les derniers des Mohicans ou simplement des fous. Malheureusement non. Ce sont juste des gens qui décident de savoir où ils mettent les pieds. La terre, ils y sont nés, y vivent et y mourront. Et si nos héros (car ces sont des vrais héros) ne représentaient pas le passé mais l’avenir ?

Profils Paysans Chapitre 1 : l’Approche réalisé par Raymond Depardon – France – 2001 – 90min

« Paysans – retraités, célibataires ou couples modestes –, ils sont trop souvent oubliés. Ce film est consacré à l’approche, notre approche, de ces fermes et de ces habitants. Nous allons revenir sur plusieurs années, pour suivre l’évolution de ces exploitations de moyenne montagne.Ils continuent pour la plupart à travailler et à vivre dans leur propre ferme, souvent jusqu’à la fin de leur vie. De jeunes agriculteurs diplômés recherchent des fermes à exploiter, ils sont peu nombreux, ils veulent vivre dans ces montagnes. »(Raymond Depardon)

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Profils Paysans Chapitre 2 : Le quotidien réalisé par Raymond Depardon – France – 2005 – 85min

En Lozère, Ardèche et Haute-Loire, nous retrouvons plusieurs des familles filmées quelques années auparavant dans L’Approche.La campagne évolue rapidement. De jeunes agriculteurs s’installent dans ces régions de moyenne montagne pour tenter leur chance. Dans le même temps, de nombreuses exploitations se transforment en résidences secondaires. Les problèmes de transmission du patrimoine agissent sur la vie de tous les jours.En se confrontant au temps qui passe, Raymond Depardon rend hommage à ces hommes et ces femmes qui risquent de basculer dans l’oubli.

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Le plein pays réalisé par Antoine Boutet – France – 2009 – 59min

« Le plein pays n’est pas plein, il est creux, rongé de galeries, de trouées. Sous la surface, il y a à voir, à dire même. À qui la faute ? Un individu solitaire, résident de quelque forêt française, s’y emploie. Sisyphe à l’envers depuis trente ans, il creuse le sol, s’engouffre au fond, orne les parois de ses grottes privées de gravures naïves, mythes personnels, bestiaires sommaires. Mais là n’est pas l’essentiel. Antoine Boutet ne s’attache pas au énième facteur Cheval, même si l’on voit le malheureux traîner ses masses de pierre, ni au pittoresque touchant d’un représentant de plus de l’art brut, même si l’expert commente par le menu sa production à la lumière d’une torche.Ce serait davantage l’enfant sauvage devenu vieux. Et ce qu’il creuse, à la force de ses jambes, de ses bras, c’est lui, son antre, son intérieur, autrement dit sa voix, sa résonance, son écho – son plain-chant.Toute la singularité du film tient exactement là : faire coïncider un jeu vocal, qui tire Brel du côté d’Artaud, avec un horizon tellurique. Le son ici est premier, miraculeux, et c’est de lui que s’étonne notre bavard Yeti. Passionné de radio, il écoute pour enregistrer sur un magnétophone précaire, répéter ensuite, réenregistrer. Sa passion ? Mener sa propre fouille archéologique, à la remontée de son passé, à la recherche de son pays. » (Jean-Pierre Rehm, FIDMarseille 2009)

La piedra réalisé par Victor Moreno – Espagne – 2003 – 47min

Un homme s’attaque à une formation rocheuse à coups de masse, dans une symphonie minimaliste rythmée par le son du vent et de la frappe du métal sur la pierre. En plans serrés et larges, Victor Moreno inscrit ce labeur sisyphien et muet dans un environnement qui ne l’est pas moins. Une réflexion sur un geste archaïque à l’ère des technologies modernes et de leur insoutenable légèreté.

Hiver Nomade réalisé par Manuel Von Stürler – Suisse – 2012 – 85min

Pascal et Carole, en compagnie de trois ânes et de quatre chiens guident 800 moutons sur un parcours de 600 kilomètres en passant sur des terrains enneigés, entre des routes à grande circulation, des villages accueillants, des propriétés privées farouchement défendues.Cet environnement est extrêmement dur mais, pour les deux bergers (ainsi que pour le spectateur), cette aventure moderne est fascinante.

Le gosse réalisé par Louise Jaillette – France – 2012 – 37min

Thibaut est arrivé au seuil de l’âge adulte. S’il a encore un peu l’air d’un enfant, il se déplace avec l’assurance d’un jeune homme autour de la ferme de son père. Mais le travail physique ne comble pas toutes les envies qui s’éveillent en lui. Racontée avec talent, ne laissant aucune place aux adultes, cette histoire initiatique exprime merveilleusement l’appréhension de devenir une grande personne.

Sweetgrass réalisé par Lucien Castaing-Taylor – Royaume Uni – 2009 – 105min

Une ode sans lamentations à l’ouest américain, Sweetgrass est une évocation sensorielle des vies des derniers bergers qui guident l’ascension de leur troupeaux dans les montagnes Beartooth du Montana vers les pâturages d’été.Dénué de tout commentaire, ce documentaire étonnamment beau et sans compromis dévoile un monde dans lequel nature et culture, animaux et humains, paysages et climats, vulnérabilité et violence sont intimement mêlés.

Édition #2 : La jeunesse

Qu’ils soient sans abris au Brésil ou en structure d’accueil, punks dans un pays de l’est ou amateurs de rap à Charleroi, les jeunes restent une énigme. Une entité qui bouge vite, absorbe ce qu’elle a en face d’elle, s’initie parfois toute seule et d’autres dans le collectif. C’est cette géométrie variable que Kings of Doc a décidé d’aborder au travers de la liberté de regard de ces 6 films, tous réalisés par des femmes.

Avant que les murs tombent, réalisé par Eve Duchemin – France/Belgique – 2008 – 27min

Près de Charleroi, Colin vit seul avec sa mère dans une maison insalubre, qui s’effondre chaque jour, un peu plus. Face à la misère, il écrit avec ses potes dans sa chambre, devenue pour l’occasion, une « maison de jeunes » improvisée. Du rap comme exutoire et comme nécessité. La seule manière qu’ils ont trouvée pour faire parler de cette pauvreté au cœur de l’Europe, et qu’on ne regarde plus. Même à travers nos téléviseurs. Tant que cette maison résiste, ils ne traîneront pas dehors. Tant qu’ils écrivent, ensemble, ils ne tomberont pas. « Avant que les murs tombent » évoque une jeunesse de laissés-pour-compte, au bord la chute.

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L’âge Adulte, réalisé par Eve Duchemin – France/Belgique – 56min

Le jour, Sabrina fait des ménages, pour payer les travaux dans une maison dont elle risque d’être expulsée, ainsi que pour s’acheter le matériel nécessaire à son deuxième travail. La nuit, elle devient Sarah, strip-teaseuse, pour payer les cours qui, un jour, lui permettront peut-être de devenir aide soignante. Sabrina est une jeune fille de 22 ans qui danse constamment sur le fil du rasoir. C’est l’histoire de sa rencontre avec Eve, jeune cinéaste qui lui offre son identité en partage. Ensemble, elles se demandent ce que devenir femme veut dire.

Just shoot me, réalisé par Claudia Nunes – Brésil – 2010 – 67min

« Où ? Les rues de Goiana, au Brésil. Qui ? Une grappe de ces fameux gamins sans abri qui hantent, si nombreux, les cités brésiliennes. Comment? “Filme-moi, c’est tout”, “Filme ici !”, et la caméra de passer de main en main, et les filmés de devenir à leur tour cadreurs, preneurs son, interviewers. Et le tout de fabriquer des plans qui ne cessent de surgir imprévisibles, de se bousculer, de danser ou de tournoyer comme sur ce tourniquet qui donne le vertige aux barres d’immeuble en arrière-plan. […] Archive d’une jeunesse filmée sans dramatisation, sans pittoresque ni misérabilisme, dans un film au noir et blanc qui s’offre comme un hommage à la vitalité et à l’énergie. »
(Jean-Pierre Rehm, FID Marseille 2011)

Eastpunk memories, réalisé par Lucile Chaufour – France – 2012 – 80min

À la fin des années 80, Lucile Chaufour filmait une bande de punks à Budapest. Par leurs tenues provocantes, à travers leurs chansons, ils exprimaient leur colère contre le régime communiste et subissaient de plein fouet la répression policière et d’incessantes intimidations. Tous attendaient avec espoir le changement du système.Vingt ans plus tard, la réalisatrice a retrouvé ces anciens punks. Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils vécu la chute du mur de Berlin et le passage à l’économie de marché ? Comment vivent-ils la crise actuelle ? […] Entre le démantèlement des acquis du socialisme engagé par la gauche libérale et le repli nationaliste d’une droite qui se dit sociale, la démarcation traditionnelle entre droite et gauche a laissé place à une confusion idéologique à laquelle nous devons désormais aussi faire face.

Check Check Poto réalisé par Julia Varga – France – 2009 – 82min

Mosaïque est une structure d’accueil à Aubervilliers qui s’adresse aux jeunes de 12 à 17 ans. « Check Check Poto » propose un regard sur ce lieu singulier que les jeunes fréquentent librement, gratuitement, sans inscription préalable, sans régularité prédéfinie. Un espace où ils se rendent pour être écoutés, informés et soutenus dans leurs difficultés ou tout simplement pour se poser. Dans le huis clos de ce refuge, « Check Check Poto » trace une galerie de portraits âpre et attachante de jeunes à la recherche d’une estime d’eux-mêmes qui semble irrémédiablement les fuir. Le film enregistre et restitue une parole inédite. Il révèle un monde sensible qui permet la compréhension de beaucoup des blessures et des ratages que traversent les enfances abîmées de nos périphéries urbaines.

Édition #1 : La mort en face

La mort de qui ? La mort de quoi ?

Si la thématique choisie pour cette première édition de Kings of Doc n’est pas des plus joyeuses, ne vous-y trompez pas : il y est autant question de mort que de vie ; de célébration finalement. Car il s’agit bien de ceux qui restent et qui l’ont vu, cette mort en face : dans les yeux du bourreau, dans les yeux des victimes ou en face, de l’autre côté du mur. Ils sont encore là pour témoigner et ils parlent d’eux : comment (sur)vivre après avoir vécu l’atroce ?

Massaker réalisé par Monika Borgmann, Lokman Slim & Hermann Theissen – France/Allemagne/Liban/Suisse – 2004 – 98min

Du 16 au 18 septembre 1982, pendant deux nuits et trois jours, « Sabra et Chatila », chef-lieu de la présence palestinienne civile, politique et militaire au Liban est mis à feu et à sang. Vingt ans plus tard, six participants à ce massacre qui a choqué l’opinion publique mondiale racontent pour la première fois leurs excès meurtriers et barbares. Ni parodie de tribunal, ni séance de thérapie, Massaker laisse parler des tueurs pour ouvrir, au-delà de ce massacre, une réflexion sur la violence collective.

Cinq caméras brisées réalisé par Emad Burnat et Guy Davidi – Palestine/Israël/France – 2003 – 90min & 52min

Emad, paysan, vit à Bil’in en Cisjordanie. Il y a cinq ans, au milieu du village, Israël a élevé un  » mur de séparation » qui exproprie les 1700 habitants de la moitié de leurs terres, pour « protéger » la colonie juive de Modi’in Illit, prévue pour 150 000 résidents. Les villageois de Bil’in s’engagent dès lors dans une lutte non-violente pour obtenir le droit de rester propriétaires de leurs terres, et de co-exister pacifiquement avec les Israéliens. Dès le début de ce conflit, et pendant cinq ans, Emad filme les actions entreprises par les habitants de Bil’in. Avec sa caméra, achetée lors de la naissance de son quatrième enfant, il établit la chronique intime de la vie d’un village en ébullition, dressant le portrait des siens, famille et amis, tels qu’ils sont affectés par ce conflit sans fin.

Terra de ninguém réalisé par Salomé Lamas – Portugal – 2012 – 72min

Paulo de Figueiredo, un mercenaire portugais de 66 ans s’exprime sur son passé et livre un récit personnel et officieux sur les conflits auxquels il a assisté dans divers pays et continents, à la marge de deux mondes : celui du pouvoir et celui des révolutions. Paulo parle de lieux et de faits anonymes, de fragments de violence, de cruauté et de ses propres expériences.

El Sicario réalisé par Gianfranco Rosi – Italie/France – 2010 – 80min

Un tueur à gages se confie : il a tué des centaines de personnes, est expert en torture et kidnapping et il a été officier de police dans l’état du Chihuahua, Mexique. Il a même été entraîné par le FBI. Il a vécu à Juárez et s’est déplacé librement entre le Mexique et les États Unis. Aujourd’hui, il est en cavale et sa tête est mise à prix à 250 000 dollars. Pourtant, il est libre et n’a jamais été condamné. Le film se déroule dans une chambre de motel à la frontière américano-mexicaine. Ce film est basé sur l’article The Sicario écrit par Charles Bowden et publié dans Harper’s Magazine en 2009.