Édition #14 : Voyage en Italie

Invité : Giona A Nazzaro, Délégué Général de la Semaine de la Critique au Festival International du Film de Venise, programmateur et curateur pour Vision du réel (Nyon, Suisse). Il fait partie du conseil d’administration du Syndicat National de la Critique Cinématographique Italienne (SNCCI). Également journaliste de cinéma et écrivain, auteur de plusieurs livres et essais sur le cinéma Hongkongais et les films d’actions post-modernes.

La boca del Lupo réalisé par Pietro Marcello – France/Italie – 2009 – 79min

Enzo a passé la moitié de sa vie derrière les barreaux d’une prison. Multirécidiviste, le gangster Sicilien y a pourtant trouvé l’amour, et une forme de salut, grâce à la poésie. C’est son portrait que dessine Pietro Marcello, restitué par bribes, comme autant de morceaux d’une vie brisée, et celui de cette population marginale des quartiers Génois de Croce Bianca, Via Prè, Sottoripa, dédale de ruelles coupe-gorge. C’est aussi le récit d’une histoire d’amour hors du commun, nourrie de la longue attente d’un paradis simple où l’on peut enfin vivre ses moments perdus.

Dal Profondo réalisé par Valentina Pedicini – Italie – 2013 – 70min

Ce film rend compte de la vie de mineurs sardes qui se battent pour leurs droits, face à la menace de perdre leur emploi. En explorant l’existence infernale d’ouvriers oubliés des médias autant que du grand public, la réalisatrice Valentina Pedicini parvient à capter une beauté atonale, troublante, à l’aide d’images minutieusement travaillées qui célèbrent la résilience d’êtres humains.

Calabria réalisé par Pierre-François Sauter – Suisse – 2016 – 116min

« Calabria désigne autant un espace géographique réel (une région du Sud de l’Italie) qu’imaginaire : un « heimat » où seraient enfouis les rêves d’enfant et qui subsisterait, jusqu’au trépas, à l’état de trace ineffaçable dans la mémoire d’un travailleur immigré italien, mort en Suisse, dont les archives inaugurales content l’histoire ordinaire : celle de l’exil économique intra-européen. La dépouille de cet homme, dont nous venons d’imaginer la vie, José, d’origine portugaise et Jovan, un Rrom serbe, deux employés des pompes funèbres de Lausanne, sont chargés de la convoyer jusqu’en Calabre, là où son existence a commencé. Pour les deux compères, débute un road-movie drôlatique aux accents faulkneriens (Tandis que j’agonise), qui recourt à la technique du split screen pour transformer le corbillard en scène de théâtre. Et dans ce décor ambulant, les deux immigrés se découvrent petit à petit, plaisantent, éprouvent leurs différences, mais surtout ce qui les rapproche intimement du cadavre avec lequel ils voyagent : la commune condition de s’être, un jour, déracinés. » (Emmanuel Chicon)

 

Upwelling réalisé par Silvia Jop & Pietro Pasquetti – Italie – 2016 – 77min

Messine, en Sicile, a élu un nouveau maire bouddhiste. Pour une fois, les vieux politiciens ont perdu, provoquant un déferlement d’espoir et d’énergie. Autour du nouveau maire, on tente de repenser la ville selon des principes écologiques. De nouvelles méthodes et valeurs pour les actions politiques quotidiennes sont à l’étude. Alors, tandis que le maire se bat contre les camionneurs qui ne peuvent plus traverser le centre ville, d’autres s’engagent dans diverses activités. Une jeune femme occupe un bâtiment public. Des musiciens jouent sur la plage. Un homme marche dans la ville, comme perdu. Un autre, tente de s’adapter à cette nouvelle réalité. Quand tout à été dit ou fait, l’unique espoir en politique est l’utopie. Le film de Silvia Jop et Pietro Pasquetti réinvente le film politique militant mais lui donne un nouveau visage en s’intéressant à l’effondrement des idéologies traditionnelles. Une comédie surréaliste sur le besoin de changer. (Giona A. Nazzaro)

 

 

 


 

 

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