KODEX #04: AUGENBLICK 2019

// Festival Augenblick 2019 – Les 30 ans de la chute du mur //

EDITO – Les maçons ont du travail

Alors que nous célébrons la chute d’un mur, d’autres durent, sont planifiés, se construisent, physiquement ou symboliquement. À la frontière des États-Unis et du Mexique, de l’Inde et du Pakistan, dans la Méditerranée, au Royaume-Uni, à Chypre, en Corée, en Hongrie, dans nos esprits avant tout. Quand l’ouverture du rideau de fer posait les bases d’une Europe unie, aujourd’hui c’est sa constante remise en question et son lent effondrement dont nous sommes témoins.

Connaitre et comprendre notre histoire afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs, cela passe par un exercice de mémoire. Et à en croire les cinéastes qui constellent cette sélection documentaire, ce sont les archives et récits personnels qui parviennent le mieux à dépeindre le tableau de l’Histoire, puisqu’elle est composée de récits individuels.

Chez Thomas Heise, l’exploration méticuleuse d’archives familiales et leur juxtaposition, dans une fresque fascinante composée de sublimes images en noir et blanc capturées au cours de traversées de l’Allemagne et l’Autriche d’aujourd’hui, permet au documentariste de retracer dans Heimat ist ein Raum aus Zeit, l’histoire allemande du siècle dernier, sur quatre générations. Avec Rabbit à la Berlin, Piotr Rosolowski et Bartek Konopka nous racontent le mur tel qu’il est vécu par les uniques gagnants de sa construction : les lapins à qui le mur a octroyé, quarante ans durant, un habitat où ils sont devenus des témoins privilégiés de la marche de l’histoire. Peu avant la chute, Helke Misselwitz interroge dans Adieu l’hiver les femmes qu’elle semble rencontrer spontanément lors de ses voyages aux quatre coins de la RDA, qui se dévoile alors sous un autre jour. Et enfin près de trente ans après la Chute du Mur, Werner Herzog rencontre dans Meeting Gorbachev, celui qu’il questionne avec une admiration non dissimulée. Il dévoile dans un entretien auquel s’entremêlent films d’archives et voix-off iconique du réalisateur, le témoignage humain et franc d’un homme politique dont l’influence sur le mouvement de l’histoire mondiale est « monumentale ». En espérant que dans 30 ans on ne célèbre pas l’érection de ces nouveaux murs.


Le 09/11 à l’Odyssée

Winter Adé réalisé par Helke Misselwitz – RDA / 1989 / 115min

Peu avant l’effondrement de la RDA, Helke Misselwitz voyage en train d’un bout à l’autre du pays, interrogeant des femmes est-allemandes d’âges et de milieux divers. Elles lui dévoilent leurs frustrations personnelles et professionnelles, leurs espoirs et leurs aspirations – et, ce faisant, dessinent le portrait d’une société en mutation.


 

Le 17/11 au Star Saint-Exupéry

Heimat ist ein Raum aus Zeit réalisé par Thomas Heise – Allemagne, Autriche / 2019 / 218min

Thomas Heise a longtemps travaillé sur ce film, où il évoque son histoire familiale au travers des bouleversements de l’Allemagne du XXe siècle. Le film sillonne le paysage allemand pour en restituer son essence intime. Dans le contexte d’un pays autrefois divisé, puis réunifié, la narration de l’histoire de la famille du cinéaste s’apparente à une recherche de références géographiques et topographiques. Toute l’histoire de l’Allemagne est retracée à travers la perspective d’un pays, la RDA, qui n’existe plus.


 

Du 10/11 au 23/11 aux Cinéma Le Florival / Star St-Exupéry / Bel Air / EPIC / Cinéma Amitié

• Rabbit à la Berlin réalisé par Piotr Rosolowski & Bartosz Konopka – Pologne, Allemagne / 2009 / 51min

Chassés de partout, les lapins de garenne se retrouvent enfermés entre de hauts grillages lors de la création du Mur de Berlin en 1949. Un vrai refuge : préservés des prédateurs par des sentinelles qui les surveillent 24h/24, ils ont à leur disposition de l’herbage à foison et des abris antichars pour se protéger du soleil. Même s’ils ont un comportement étrange, les hommes ne leur tirent plus dessus. Jusqu’au jour où quelques rebelles décident de creuser sous le Mur.


 

Du 14/11 au 23/11 aux Centre culturel Claude Vigée / Cinéma la Passerelle / Cinéma Le Florival / Star St-Exupéry / Mega CGR / Bel Air

• Meeting Gorbachev réalisé par Werner Herzog – Royaume-Uni, Allemagne, USA, Autriche / 2018 / 90min

Sur une période de six mois, Werner Herzog s’entretient à plusieurs reprises avec Mikhaïl Gorbatchev, ancien président de l’Union Soviétique désormais âgé de 87 ans. Ils parlent de politique, immanquablement, des six ans durant lesquels l’homme russe a siégé à la tête de l’URSS, de perestroïka et de glasnost, et de la réunification également, puisque c’est un aspect plus étroitement lié à la biographie du cinéaste qui a grandi dans l’Allemagne d’après-guerre.


KODEX #03: FEFFS 2019

// Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2019 //

Le 20/09 au Star Saint-Exupéry

Ne croyez surtout pas que je hurle réalisé par Frank Beauvais – France / 2018 / 75min

Janvier 2016. L’histoire amoureuse qui m’avait amené dans le village d’Alsace où je vis est terminée depuis six mois. À 45 ans, je me retrouve désormais seul, sans voiture, sans emploi ni réelle perspective d’avenir, en plein cœur d’une nature luxuriante dont la proximité ne suffit pas à apaiser le désarroi profond dans lequel je suis plongé. La France, encore sous le choc des attentats de novembre, est en état d’urgence. Je me sens impuissant, j’étouffe d’une rage contenue. Perdu, je visionne quatre à cinq films par jour. Je décide de restituer ce marasme, non pas en prenant la caméra mais en utilisant des plans issus du flot de films que je regarde.


KODEX #02: Berlin

Le 30/05 au B-Ware! Ladenkino

• Over the limit réalisé par Marta Prus -Pologne, Allemagne, Finlande / 2017 / 74min

Une plongée dans le système russe d’entrainement des athlètes de haut niveau et ses méthodes très particulières. Un système efficace, mais transgressant toutes les limites. Rita Mamun, concourant en GRS (gymnastique rythmique et sportive), arrive à un moment crucial de sa carrière mais, sur le point de prendre sa retraite, il lui reste un but à atteindre : remporter l’or olympique. Nous suivons les drames vécus en coulisse qui accompagnent un travail physique et mental acharnés, pour un sport fondé sur l’esthétique.

 

Archaikus torzó réalisé par Péter Dobai – Hongrie / 1971 / 31min

Un jeune homme de vingt ans marie culturisme  et lectures philosophiques afin d’affronter la vie et ses traumatismes.

 


Le 31/05 au B-Ware! Ladenkino

Field Niggas réalisé par Khalik Allah – USA / 2014 / 60min

Extérieur nuit, au coin de la 125e et Lexington Avenue, Harlem. Khalik Allah y filme ceux qu’il rencontre, leurs récits jetés, scandés, leurs invectives, les gestes, capte les corps et les visages. Noirs dans leur très grande majorité. D’une figure à l’autre se dessine un portrait collectif, épique, où voix et corps disjoints construisent l’espace polyphonique d’une destinée commune.
(Nicolas Féodoroff, FIDMarseille 2015)

 


// FOCUS PIOTR ROSOLOWSKI //

Le 01/06 au B-ware Ladenkino (En présence des réalisateurs)

The art of disappearing réalisé par Piotr Rosolowski & Bartosz Konopka – Pologne / 2013 / 50min

En 1980, Amon, un prêtre vaudou haïtien, est invité en Pologne par le metteur en scène Jerzy Grotowski. L’expérience de ce nouveau pays et le souvenir de ses ancêtres, des déserteurs polonais de l’armée de Napoléon qui contribuèrent à libérer Haïti de l’esclavage, inspirent à Amon un sentiment de reconnaissance. Il devra aider les Polonais. Un récit visionnaire et des images d’archives racontent la chute d’un régime.

 

The Prince and the Dybbuk réalisé par Piotr Rosolowski & Elwira Niewiera – Pologne / 2017 / 82min

Qui était Moshe Waks, fils d’un pauvre forgeron juif d’Ukraine, décédé en Italie en tant que prince Michał Waszyński? Était-il une star de cinéma, un fraudeur rusé ou un homme qui ne pouvait pas distinguer film et réalité?

En tant que réalisateur et producteur hollywoodien, Waszyński a tourné plus de 40 films et collaboré avec de grandes stars du cinéma, notamment Sophia Loren, Claudia Cardinale et Orson Welles.
Véritable obsession du réalisateur, « The Dybbuk »  (« Between Two Worlds »), qu’il réalise en 1937 se base sur une légende juive dans laquelle une jeune femme est hantée par l’esprit (« dybbuk » en yiddish) de son premier amour. Étant non seulement l’un des films yiddish les plus importants et les plus mystiques de tous temps, il reflète également la vie personnelle de Waszyński en tant qu’homme sans repos, riche de nombreux secrets et d’histoires inédites.

Suivant les traces de Waszyński en Pologne, en Ukraine et aux États-Unis, en Italie, en Israël et en Espagne, Elwira Niewiera et Piotr Rosołowski nous entraînent dans la vie d’un caméléon humain, changeant constamment de noms, de religion, de titres et de pays afin d’écrire sa propre histoire comme s’il s’agissait d’un film.

 


// FOCUS PIOTR ROSOLOWSKI //

Le 02/06 au B-ware Ladenkino (En présence des réalisateurs)

Domino Effect réalisé par Piotr Rosolowski & Elwira Niewiera – Pologne, Allemagne / 2014 / 76min

Natasha, chanteuse d’opéra, quitte son mari et sa fille en Russie pour rejoindre Rafael, ministre des Sports d’Abkhazie, pays situé en Géorgie et actuellement reconnu par cinq États. Dans un décor de station balnéaire décrépite sur la côte de la mer Noire, cette comédie documentaire, aussi affectueuse qu’ironique, entrelace la complexité d’une histoire d’amour à la torpeur d’un État isolé.

 

• Rabbit à la Berlin réalisé par Piotr Rosolowski & Bartosz Konopka – Pologne, Allemagne / 2009 / 51min

Chassés de partout, les lapins de garenne se retrouvent enfermés entre de hauts grillages lors de la création du Mur de Berlin en 1949. Un vrai refuge : préservés des prédateurs par des sentinelles qui les surveillent 24h/24, ils ont à leur disposition de l’herbage à foison et des abris antichars pour se protéger du soleil. Même s’ils ont un comportement étrange, les hommes ne leur tirent plus dessus. Jusqu’au jour où quelques rebelles décident de creuser sous le Mur.

 


Le 03/06 au Kino Central

Manuel de libération réalisé par Alexander Kuznetsov – France / 2016 / 80min

Une histoire de la province sibérienne. Des filles passent directement de l’orphelinat à un internat neuropsychiatrique, privées de tous leurs droits de citoyennes : pas de liberté, pas de travail, pas de famille. Le parcours pour conquérir ces droits, face à l’effrayante bureaucratie institutionnelle russe, est long et difficile. Parfois, quelqu’un y arrive, mais la nouvelle liberté est alors un saut dans le vide… (Luciano Barisone)

 


Le 04/06 au Kino Central

Becoming animal réalisé par Emma Davie & Peter Mettler – Suisse / Royaume-Unis / 2018 / 78min

Un élargissement de la conscience par le cinématographe, et sans effets secondaires indésirables. Le film nous fait percevoir la nature d’une façon nouvelle et nous fait comprendre que les êtres humains que nous sommes ne peuvent exister que dans un échange constant avec la nature. Les réalisateurs Peter Mettler et Emma Davie nous entraînent dans un voyage en immersion profonde en compagnie du philosophe et épistémologiste David Abram.

 


Le 05/06 au Kino Central (En présence du réalisateur)

La Liberté réalisé par Guillaume Massart – France / 2017 / 146min

Prison « ouverte » située en Corse, Casabianda accueille 130 hommes qui souvent terminent de longues peines pour des crimes sexuels intrafamiliaux. Alors que l’idée préalable était de partir d’une observation de ce singulier territoire d’enfermement, le cinéaste a adopté une forme et un geste différents. Plutôt qu’un arpentage, La Liberté est un « film conversé » où le cinéaste invente, dans de longues séquences, une parole avec des détenus. Cette attitude ne poursuit pas l’idée de rédemption – là n’est pas la question du film –, mais l’invention d’un chemin par les mots. Les itinéraires diffèrent, le déni en est un, tandis que certains saisissent le film pour avancer, faisant de la parole un territoire possiblement émancipateur. (AH – Festival Entrevues)


 

KODEX #00: AUGENBLICK 2018

// Festival Augenblick 2018 – Focus documentaire Autrichien //

EDITO – Le regard incisif

Le cinéma documentaire autrichien a su s’imposer sur la scène mondiale comme l’un des plus fascinants et intransigeants.

Quand des réalisateurs comme Sauper, Wagenhofer, Geyrhalter ou encore Seidl scrutent minutieusement les perversions de leurs concitoyens ou de la globalisation, le mode de vie des autrichiens et de l’occident en général forme la matière première d’une cinématographie nationale foisonnante. Dans un grand écart entre l’intimité de leurs pairs et la marche du monde capitaliste, les cinéastes n’ont jamais détourné le regard, ni ceux de leurs spectateurs. Ils dévoilent ainsi sans détour les ravages du système économique actuel à l’étranger, ses conséquences sur la politique nationale, sur les institutions et sur les valeurs qui rassemblent les autrichiens.

Dans la lignée de ces documentaristes exigeants, les cinéastes que nous vous présentons dans cette section, Ruth Beckermann, Michael Glawogger et le duo Christian Krönes – Florian Weigensamer, ont su se démarquer par les identités visuelles et narratives distinctes qui façonnent leurs films.

Tandis que Beckermann, de sa voix-off mélodieuse, mène le spectateur à travers une investigation politique, composée d’images d’archives et de prises de vues personnelles dans La Valse de Waldheim, Glawogger laisse les mots se substituer à de sublimes images pour donner à La Mort du travailleur toute la force d’évocation qui en fait un film grandiose. Chez Krönes et Weigensamer, les paroles des protagonistes de Welcome to Sodom s’entremêlent habilement aux images spectaculaires d’un abysse inexploré. Eux aussi, à leur manière, interrogent les conséquences d’une mondialisation en marche sur ses acteurs et ceux qui en payent les frais.


 

Le 08/11 au Star St-Exupéry ( En présence de Christian Krönes )

Welcom to Sodom réalisé par Christian Krönes & Florian Weigensamer – Autriche / 2018 / 92min

Smartphone, PCs, Ecrans : 250 000 tonnes de carcasses électroniques rejetées par de lointaines sociétés numérisées atterrissent chaque année dans une immense étendue vaseuse aux portes de la capitale du Ghana, qui constitue l’une des plus grandes décharges électroniques au monde. Surnommée Sodome, elle est le lieu de vie et de travail de milliers de personnes qui respirent les fumées toxiques des déchets qui s’enflamment. Au cœur de ce lieu apocalyptique, ce film nous mène à la rencontre des personnages les plus créatifs qui soient.


 

Le 13/11 au Star Saint-Exupéry ( En présence du monteur, Dieter Pichler )

La Valse de Waldheim réalisé par Ruth Beckermann – Autriche / 2018 / 93min

En 1986, armée de l’une des toutes premières caméras vidéo, Ruth Beckermann filme dans les rues de Vienne les échanges entre partisans de Kurt Waldheim, l’ex-secrétaire général des Nations unies (1972-1981) qui se présente pour le parti des chrétiens-démocrates (ÖVP), et les opposants à sa candidature, qui font valoir que ses états de service de lieutenant de la Wehrmacht, qu’il a longtemps cachés, font de lui le complice de crimes contre l’humanité.


 

Le 21/11 au Star Saint-Exupéry

La mort du travailleur réalisé par Michael Glawogger – Allemagne, Autriche / 2005 / 122min

La classe des travailleurs existe-t-elle encore ? Les travaux de forçats disparaissent-ils, ou deviennent-il simplement invisibles à nos yeux ?
La mort du travailleur invite le public à la rencontre des travailleurs du 21è siècle : ils risquent leur vie dans les mines illégales d’Ukraine, extraient du soufre sur un volcan actif d’Indonésie, portent les carcasses du plus grand abattoir du Nigeria, démantèlent un immense cargo au Pakistan, ou œuvrent dans l’industrie métallurgique chinoise en espérant un avenir meilleur. Pendant ce temps en Allemagne, des hauts-fourneaux désaffectés se transforment en parc d’attraction.